Démarche
Je pars toujours d’une émotion.
Elle appelle une couleur avant même qu’un sujet n’existe.
Ce n’est qu’ensuite que l’imagination construit une forme autour de cette couleur, un personnage, un lieu, une nature morte, un fragment de voyage, pour lui donner un corps.
Cette émotion cherche des formes différentes selon les séries, mais jamais un supplément d’explication. Dans mes personnages, l’enveloppe, un costume, une coiffure, prend souvent la place du visage : je n’ai jamais cru qu’on puisse vraiment connaître quelqu’un, pas même soi-même, alors je préfère peindre ce qui se montre plutôt que ce qui se dérobe.
Dans mes Grands Hôtels ou dans les cyanotypes nés d’un jardin en Italie, la même logique s’applique à un lieu plutôt qu’à une personne : ce qu’on en rapporte, ce qu’on choisit d’en montrer. Dans Palais rouges, l’architecture elle-même devient une enveloppe, un lieu rêvé plus qu’un lieu décrit. En ce moment, ce sont de petits villages colorés, inspirés de l’architecture de Hassan Fathy à Louxor, qui portent ce même principe : des façades, des volumes, des couleurs de terre, plutôt qu’un lieu décrit dans le détail. Et quand le visage réapparaît, dans mes portraits à l’encre de Chine, ce n’est jamais pour tout révéler : un trait suffit, comme un vêtement aurait suffi ailleurs.
Un collègue, un ami, un inconnu, un palais, un hôtel, un fruit posé sur une table, il ne me reste jamais que ce qui se montre, et ce que j’en imagine. C’est cette jonction-là qui m’intéresse, quel que soit le sujet : ce n’est pas "qu’est-ce que c’est vraiment", question sans réponse, mais "que raconte-t-il, et qu’est-ce que j’en fais".
Deux piliers portent l’ensemble de ce travail : l’identité, jamais fixe, toujours perçue et racontée plutôt que connue, et la couleur, qui ne décore rien, qui dit d’abord ce que je ressens, avant même de savoir ce qu’elle va porter.